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Poèmes et Citations

Articles récents

Charles Beaudelaire - Confession

12 Juin 2017 , Rédigé par Zahia Publié dans #Poésie Française, #Charles Beaudelaire, #Confession

Charles Beaudelaire

 

Une fois, une seule, aimable et douce femme,

A mon bras votre bras poli

S'appuya (sur le fond ténébreux de mon âme

Ce souvenir n'est point pâli) ;

 

Il était tard ; ainsi qu'une médaille neuve

La pleine lune s'étalait,

Et la solennité de la nuit, comme un fleuve,

Sur Paris dormant ruisselait.

 

Et le long des maisons, sous les portes cochères,

Des chats passaient furtivement,

L'oreille au guet, ou bien, comme des ombres chères,

Nous accompagnaient lentement.

 

Tout à coup, au milieu de l'intimité libre

Éclose à la pâle clarté,

De vous, riche et sonore instrument où ne vibre

Que la radieuse gaieté,

 

De vous, claire et joyeuse ainsi qu'une fanfare

Dans le matin étincelant,

Une note plaintive, une note bizarre

S'échappa, tout en chancelant

 

Comme une enfant chétive, horrible, sombre, immonde,

Dont sa famille rougirait,

Et qu'elle aurait longtemps, pour la cacher au monde,

Dans un caveau mise au secret.

 

Pauvre ange, elle chantait, votre note criarde :

" Que rien ici-bas n'est certain,

Et que toujours, avec quelque soin qu'il se farde,

Se trahit l'égoïsme humain ;

 

Que c'est un dur métier que d'être belle femme,

Et que c'est le travail banal

De la danseuse folle et froide qui se pâme

Dans un sourire machinal ;

 

Que bâtir sur les cœurs est une chose sotte ;

Que tout craque, amour et beauté,

Jusqu'à ce que l'Oubli les jette dans sa hotte

Pour les rendre à l'Éternité ! "

 

J'ai souvent évoqué cette lune enchantée,

Ce silence et cette langueur,

Et cette confidence horrible chuchotée

Au confessionnal du cœur.

 

Charles Beaudelaire

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Charles Beaudelaire - Bohémiens en voyage

12 Juin 2017 , Rédigé par Zahia Publié dans #Poésie Française, #Charles Beaudelaire, #Bohemiens en voyage

Charles Beaudelaire

 

La tribu prophétique aux prunelles ardentes

Hier s'est mise en route, emportant ses petits

Sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits

Le trésor toujours prêt des mamelles pendantes.

 

Les hommes vont à pied sous leurs armes luisantes

Le long des chariots où les leurs sont blottis,

Promenant sur le ciel des yeux appesantis

Par le morne regret des chimères absentes.

 

Du fond de son réduit sablonneux le grillon,

Les regardant passer, redouble sa chanson ;

Cybèle, qui les aime, augmente ses verdures,

 

Fait couler le rocher et fleurir le désert

Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert

L'empire familier des ténèbres futures.

 

Charles Beaudelaire

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Charles Beaudelaire - A une passante

12 Juin 2017 , Rédigé par Zahia Publié dans #Poésie Française, #Charles Beaudelaire, #A une Passante

Charles Beaudelaire

La rue assourdissante autour de moi hurlait.

Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,

Une femme passa, d'une main fastueuse

Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

 

Agile et noble, avec sa jambe de statue.

Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,

Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,

La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

 

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté

Dont le regard m'a fait soudainement renaître,

Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

 

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !

Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,

Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

 

Charles Beaudelaire

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